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Juliette Binoche sort du silence à son tour — Affaire Harvey Weinstein

24 Octobre 2017

En effet, la comédienne connait le producteur puisqu'elle a travaillé à plusieurs reprises avec lui: sur Le Patient Anglais d'Anthony Minghella qui lui a valu l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 1997 et sur Chocolat de Lasse Hallström, pour lequel elle a connu une nomination aux Oscars dans la case meilleure actrice. "La seule fois où j'ai entendu une insinuation sexuelle verbale de sa part, je ne l'ai pas prise au sérieux, j'ai répondu immédiatement par un revers de balle hors jeu", affirme-t-elle. Et se dit avoir "été choquée par les faits les plus graves" comme certaines accusations de viol. "Mais je savais aussi très bien quelle bête il y avait en lui", dit encore Juliette Binoche. Puis dans le milieu du cinéma, lorsqu'à 18 ans, un réalisateur a tenté de lui sauter dessus à la fin d'un dîner: "Ça m'est arrivé de ne pas être prise dans des films parce que je n'avais pas répondu aux coups de genou sous la table, parce que je n'ai pas appelé le numéro de portable qu'on m'avait donné après avoir répété. Je l'ai repoussé immédiatement". "Instinctivement, je souhaitais être respectée dans mes sentiments et dans mon corps", raconte Juliette Binoche au Monde. "Une autre fois à 21 ans, j'ai été invitée chez un producteur une heure avant un dîner organisé pour la fin d'un tournage, il s'est jeté sur moi sauvagement". Elle raconte notamment qu'à l'âge de 7 ans, elle a subi des attouchements sexuels de la part d'un maître.

"Ce sont des blessures, certes, mais c'est aussi une chance d'avoir pu me structurer rapidement par l'expérience de ces épreuves, qui ne sont évidemment pas souhaitables".

"Mais parfois, malheureusement, tout le monde n'a pas cette repartie, et certaines situations peuvent devenir beaucoup plus destructrices". Pour elle, "chaque situation est différente". "Ils dégagent une énergie qu'il faut savoir décrypter, sentir, on peut tourner en orbite, mais gare à ne pas se laisser happer!", prévient-elles. "Mais ce genre d'argument ne m'a jamais convaincue, peut-être parce que j'ai appris tôt à être responsable", estime-t-elle. Elle estime cependant que la perception du féminin "est une force mystérieuse qui peut faire peur", "la femme est facilement moquée, imitée, ridiculisée, on a besoin de la diminuer". "Mais je pense que j'ai eu assez tôt un sens du danger face aux circonstances que j'ai pu croiser dès l'enfance ou à mes débuts d'actrice", explique Juliette Binoche avant de se confier sur son vécu de femme agressée. "Cela fait des millénaires que le masculin essaye de dominer le féminin, des millénaires que le féminin n'est pas à sa juste place, il attend patiemment que le masculin se rende, abdique ses croyances de supériorité physique, créatrice ou intellectuelle".

Son agent, jouée par Camille Cottin, s'agace alors face à une influente productrice: "On n'est plus au XIXe siècle, quand les actrices étaient des courtisanes!" "On n'humilie pas ce genre d'homme".


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